Bien que récente, la démarche zéro déchet fait peu à peu sa place dans l’imaginaire collectif. Pour certains, c’est un.e militant.e altermondialiste punk à chiens ayant une grande quantité de poils sous les bras ou un.e bobo-écolo en mal de défi idiot. Pour d’autres c’est un sous-groupe de la secte Moon suivant une sorte de gourou qui vit sur une étoile inconnue et qui s’habille dans des rideaux upcyclés.

Pourtant, bien que ZD imparfaits, nous nous en revendiquons avec l’envie de vous en parler. Comment et pourquoi nous y sommes jetés, je vous renvoie vers l’excellent article de ce même blog: pourquoi je limite mes déchets.

Comment définir une démarche zéro déchet? C’est ce que je vais essayer de faire ici.

Ça c’est la théorie du zéro déchet: les 5R de Bea Johnson:

Les 5R du zéro-déchet
  • Refuser: mettre un STOP PUB sur ma boîte aux lettres, refuser le sac à pain en papier du boulanger, une paille dans mon cocktail. On refuse autant qu’on peut ce dont on n’a pas besoin ou ce qu’on peut éviter facilement.
  • Réduire: faire sécher sur un fil ou un séchoir, éteindre ses appareils en veille ou son PC, réduire son gaspillage alimentaire. On réfléchit à faire pareil, mais avec moins.
  • Réutiliser: acheter en vrac avec ses contenants, réparer, découper ses chemises trouées pour faire des mouchoirs, mettre en place des consignes. La durée de vie de nos objets diminuent, du fait d’une obsolescence programmée ou marketing. On trouve des solutions pour faire durer, réparer ou donner aux choses une seconde vie.
  • Recycler quand on n’a pas le choix. On lit les étiquettes pour savoir ce qui ce recycle ou ce qui ne se recycle pas.
  • Composter (rot en anglais pour sauver le théorème des “5R”) pour transformer des déchets alimentaires et du carton en engrais naturel.

Bien que très académique, ce visuel a le mérite de bien synthétiser les actions pour un mode de vie zéro-déchet. Mais le zéro-déchet va pour moi bien au-delà de quelques réflexes pratiques.

Parlons d’abord de ta poubelle

On parle poubelles dans nos dîners. Nous sommes pris tous les mercredis soirs, désolé. On en parle car c’est quand même un peu une affaire entre nous et notre poubelle, un combat du quotidien qui tend inexorablement à l’affamer. En prenant sa poubelle pour une mine à problème, on devient mineur de solutions. Il faut certes être sensible sur la problématique des déchets pour démarrer avec envie. Nous ne pouvons plus ignorer les sujets du réchauffement climatique aujourd’hui qui sont martelés depuis 20 ans. Notre rapport au plastique et la chute de la biodiversité sont déjà bien présents dans l’actualité. La prise de conscience principale vient une fois qu’on a commencé à agir. On commence avec un type de déchet. Les cotons à démaquiller sont souvent le premier geste qu’une femme va adopter parce qu’il est facile, il fait du bien à la peau et il permet de remplacer un tube en plastique par un joli pochon en chanvre. Puis, on ajoute un geste régulièrement: j’utilise une gourde, un kit essuie-tout, je fais ma lessive etc. Tous ces gestes, on peut les imaginer en disséquant nos déchets.

Ma poubelle me questionne

En creusant dans notre poubelle plus profondément, celle-ci nous apprend beaucoup de choses sur nous, notre consommation et nous amène à une prise de conscience un peu déstabilisante. Notre poubelle prend du champ car elle inclut aussi ce qu’on ne voit pas mais qui est un rejet de notre consommation: le bilan carbone, la consommation en eau, la transformation subie, les conditions de travail et les impactes sociales de sa production.

Chaque étape qu’on franchit ne tend pas vers un idéal sans déchet mais vers d’avantages de découvertes sur nos modes de consommation actuels. Par exemple, acheter des avocats dans des barquettes en plastique était anodin encore pour moi deux ans auparavant. Aujourd’hui, je n’arrive plus à m’éviter ces questions

  • Ils avaient vraiment besoin de 50 grammes de plastique rigide pour emballer deux avocats qui ne seront mûrs quand dans 10 jours?
  • D’où viennent-ils? Du Pérou. Mes deux avocats “coûtent” donc 2,50€, 10 000kms d’équivalent CO2 pour le transporter, 560 litres d’eau d’irrigation pour les faire pousser et probablement une biodiversité locale en baisse due aux pesticides.
  • Dans quelles conditions sont-ils produits? Déforestation, cartels, pas ouf…
  • C’est bon mais, en ai-je vraiment besoin au mois de décembre? Après-tout en cherchant, il existe certainement de bonnes recettes de salades d’hiver.

Agir

Un stop-pub, le premier geste facile

Et c’est à ce moment qu’on agit en consomm’acteur, la fourmi du zéro déchet, le petit colibri. Sans faire de gros sacrifices, on privilégie davantage le bio parce que c’est bon pour nous et pour la biodiversité. On privilégie l’achat en circuit court ou en local car le produit voyage peu et qu’on a fait la connaissance d’un maraîcher qui fait visiblement un boulot incroyable. On choisit les produits sans plastique parce que ce n’est quasiment jamais recyclé et finissent nombreux dans la nature. On met un stop pub car de toutes les façons les pubs, on ne les regarde jamais. On privilégie le papier ou le carton, le verre quand on ne peut pas faire ses courses en vrac. On fait soi-même, on se bat un peu plus qu’avant pour réparer. On se fait un compte sur le Bon Coin avec une alerte sur ce qu’on aurait acheté compulsivement en sortant du boulot quelques mois auparavant. On pense à sa voiture qui émet 125g CO2/km et à un vélo qui n’en émet pas. On mange naturellement moins de viande mais de meilleur qualité, voire on n’en mange plus. On réalise qu’un smartphone neuf n’a pas grand chose à envier à un smartphone reconditionné. Enfin, élever des petits vers chez soi, c’est super fun.

Au départ, la démarche peut paraître exigeante et semée de petites sources de culpabilité. Je pourrais m’en vouloir de prendre trop ma voiture, d’acheter un petit pot pour ma fille suite à une journée chargée ou ne pas limiter mes déchets à un pot de confiture par mois. Pourtant ce n’est pas l’idée. La plupart de la littérature autour du mouvement est pleine de bienveillance et d’envie de changer le monde sans auto-flagellation ni grand soir. Le changement vient de chacun de nous en fonction de nos capacités et de notre rythme. Il est interdit de tout vouloir changer d’un coup, le risque d’échec étant trop grand. Cependant, il vise aussi à remettre les choses à leur place: éteindre sa télé mais utiliser sa voiture pour s’économiser 10 minutes de transport public, aller bosser chez Monsanto à vélo (sic Cyril Dion) relève de l’auto-greenwashing plutôt qu’une démarche de colibri. Ce qui est important c’est de rendre la démarche désirable pour soi même et que celle-ci pousse toujours un peu plus loin. Agir au quotidien est l’essence même de la démarche.

Le bonheur est dans la poubelle

Composition: ManaMani, tous droits réservés
Être ou avoir, telle est la question

Plus avant dans le cheminement, sans crier gare, insidieusement, notre poubelle nous a changé. Elle ne change pas seulement notre mode de consommation qui devient plus responsable. Elle change aussi nos rapports au besoin. Nos poubelles révèlent nos superflus, tout ce dont nous n’avions finalement pas besoin car nous les jetons. Même un vêtement que l’on jette contient sa dose de gaspillage car bien qu’en bon état, il n’est plus à ma mode ou à la taille de mon enfant. Cette prise de conscience de gaspillage – et c’est là que je préfère nettement la notion anglaise de “zero waste” – me pousse à davantage de minimalisme dans ma vie. Revenir à l’essentiel, savoir s’affranchir du matériel pour privilégier l’essentiel ne date pourtant pas d’hier. Diogène nous en parlait déjà dans son tonneau en 400 av-JC, la foi chrétienne l’a martelé pendant des siècles et pourtant, en voyant l’effet d’une promo Nutella dans un supermarché, on se dit que l’idée n’a pas encore assez germé. Et pourtant, quelqu’un oserait m’avouer qu’un Iphone rend heureux?

Le zéro déchet n’est pas une croyance d’ordre religieuse, ni un idéal de vie sociétal mais une démarche qui bouscule les fondements de notre société très axée vers une consommation mondialisée. En touchant nos habitudes au niveau du portefeuille, le zéro déchet agit comme un bulletin de vote à destination des producteurs et des pouvoirs publics en leur demandant un mode de consommation plus sain pour nous, plus respectueux de l’environnement, du climat, de la biodiversité et qui va privilégier le lien social dans une économie plus localisée et plus circularisée. « Vote with your money » rappelle Bea Johnson. Pour ma part, je n’y vois pas un grand soir économique mais une volonté d’ajustement dans une société d’ultra-consommation.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *