Quelle est la valeur d’un plat de pâtes aux légumes? 3€?

Un paquet de pâtes coûte 2€ environ. Les pâtes sont fabriquées à partir de farine de blé, avec une machine pour préparer la pâte, une machine pour les mettre en forme et une autre pour les emballer, tout ceci fonctionnant à l’électricité nucléaire et piloté par une poignée d’ouvriers. La culture du blé a très probablement nécessité des engrais et pesticides, de l’irrigation à haute dose, et n’est le fruit du travail que de quelques agriculteurs aidés de tracteurs et de moissonneuses batteuses alimentés au pétrole saoudien. Les légumes, quant à eux, coûtent quelques dizaines de centimes l’unité. Ils sont issus d’un travail bien plus manuel, particulièrement s’ils sont bio. Néanmoins, s’ils se sont retrouvés sur un étalage, c’est parce qu’ils ont passé une sélection drastique sur leur “look” qui met beaucoup de bons produits à la poubelle. Le blé et les légumes ont plus ou moins voyagé selon notre choix de consommation, mais tous deux ont nécessité des semences brevetées, de la terre, de l’eau, du soleil (ou du chauffage en serre), des emballages pas toujours biodégradables et encore pas mal de pétrole pour le transport. Alors, même si l’acte de se nourrir semble anodin tant il revient souvent, il fait appel à de nombreux paramètres que le prix, seul, ne traduit pas. C’est pour cette raison que mieux et moins consommer est si important pour la planète et nos sociétés.

Avant mes courses

En prévoyant mes repas avec une liste de course, j’évite en partie l’effet du marketing qui m’incite à acheter des produits supplémentaires dont je n’ai pas besoin. Et j’adapte aussi mes achats aux habitudes de notre foyer, c’est-à-dire que pour satisfaire la maisonnée pour 3 repas, je n’en prévois parfois que 2 et j’agrémente les restes pour le dernier. Ça vaut le coup d’essayer et vous verrez si ça peut convenir chez vous. Je ne remplis pas non plus mon caddie à ras-bord, car je risquerais de gaspiller des aliments, et donc, mon argent.

Vient ensuite l’interrogation sur le choix des aliments que je vais acheter. D’où vient-il (local ou lointain) ? Dans quelles conditions (intensif ou artisanal) a-t-il été produit/élevé/péché (souvent relié à sa qualité) ? Est-ce “de saison” ? Comment est-il emballé ? Autant de questions que je me pose avant de passer à la caisse.

En vert “AFOLU” (Agriculture, Forestry and Other Land Use) Source: rapport GIEC 2014. Le rapport Tackling Climate Change Through Livestock (FAO, 2013), établit à 14,5 % la contribution de l’élevage dans les émissions de gaz à effet de serre d’origine anthropique, dont 8,8 % pour les seuls bovins. C’est légèrement plus que les émissions directes du secteur des transports (14% selon le GIEC, 2014).

Je ne fais qu’un petit aparté sur le sujet ici, mais la réduction des émissions de gaz à effet de serre passe aussi par la diminution des quantités de viandes que nous consommons. En effet, l’impact écologique du processus de production et d’approvisionnement des produits carnés est énorme. A l’échelle mondiale cela représente davantage d’émissions que celles liées aux transports, et à cela s’ajoute les effets de la déforestation pour les surfaces d’élevage, et pour celles de production de soja qui sert (souvent) à l’alimentation des cheptels. Le plus consommateur de ressources est le boeuf, puis viennent les viandes blanches. Il n’est pas ici question de devenir végétar(l)ien, ceci n’est pas mon combat, mais plutôt que chacun en consomme moins souvent, mais potentiellement de meilleure qualité.

Après mes courses

Lorsque les fruits et légumes sont achetés dans des paquets en plastique (regrettable pour le plastique mais pas toujours facile à éviter malheureusement, et même pour des aliments bio !!) : mieux vaut ouvrir les sachets avant de les stocker car, sinon, l’humidité va les faire moisir très vite !

En rangeant son frigo de manière à voir en premier les aliments dont la date de péremption approche, on évite le gâchis. Par exemple, je mets les yaourts neufs au fond et ceux à finir en priorité devant, et ainsi de suite. Ça force à mettre de l’ordre régulièrement au lieu de découvrir à regret qu’on a oublié le magret sous un tas de radis moisis ! Grâce à mon congélateur, je peux congeler les aliments que je ne suis pas sûre de consommer avant qu’ils ne périment. Presque TOUT peut se congeler (cru comme cuit), alors, pour être sûr de ne manquer de rien, stockez vos réserves au « congélo » plutôt qu’au frigo.

Au jour le jour

Pas besoin d’être trop radical sur la date figurant sur les aliments. Les fameux « à consommer jusqu’au » ou « à consommer de préférence avant » ou autres formules de date de péremption ou de date limite de consommation : ce sont des indications normatives, qu’il faut apprendre à comprendre, tout en se disant que la plupart des aliments ne vont pas se transformer, du jour au lendemain, en danger pour la santé. Il est bon de prendre du recul et d’observer l’aliment. Si la chaîne du froid a été respectée, et que la date vient de passer, en ouvrant le produit, on peut décider de le consommer s’il présente un aspect habituel, une odeur normale. A contrario, si des petits champignons verts-bleus ont commencé à se former, bien entendu, mieux vaut faire une croix dessus !

Oeuf consommable ou non

Astuce pour les œufs : Déposer l’œuf dans un récipient rempli d’eau froide. Si l’œuf tombe directement au fond du récipient, il est parfaitement frais. En revanche, s’il remonte à la surface, il ne faut surtout pas le consommer. Soit dit en passant : mieux vaut opter pour des oeufs de poules “élevées en plein air” plutôt qu’en batterie (et vendus dans des boîtes en carton, plutôt qu’en plastique).

J’apprends progressivement des trucs et astuces simples pour prolonger la conservation des fruits et légumes. Un exemple que j’utilise régulièrement : stocker les carottes immergées dans de l’eau et au froid (ex. : dans un Tupperware) : elles ne se flétrissent plus en quelques jours et se conservent plusieurs semaines comme neuves ! La liste d’astuces de ce genre existe sur le net, profitons-en. En voici une ici.

Faire ses courses avec les saisons (@ Bio Consomacteurs)

Pour aller plus loin

Je n’ai abordé que sommairement le fait de consommer des aliments de saison (source du calendrier ci-contre) et idéalement produits localement, plutôt que ceux venus du bout du monde ou poussés sous serre en plein hiver, et/ou avec plein d’engrais, mais c’est certainement un point clé dans la réduction des impacts environnementaux induits par nos consommations alimentaires. Des tonnes d’articles sur ce sujet existent déjà qui vous permettront d’améliorer encore plus vos comportements si le cœur vous en dit. J’insisterais néanmoins sur quelques aspects assez “fourbes”. A savoir :

  • Ce n’est pas parce qu’on va au marché que les produits sont locaux, de saison ou bio ! Malheureusement, cette image du marché idéal de nos “grands-parents”, n’est absolument plus vraie de nos jours ! Alors, mieux vaut lire les étiquettes de provenance et connaître un peu les aliments de saison… j’avoue que ça n’est pas simple, d’où l’importance de bien se renseigner.
  • Ce n’est pas parce qu’on achète du poisson chez le poissonnier, qu’il a été pêché proche des côtes de son pays (s’il en possède) et dans des conditions respectueuses des écosystèmes marins et des quotas. Une fois de plus, il faut lire les étiquettes de provenance et les conditions de pêche “élevage ou liberté”. Ne croyez pas non plus que l’élevage est plus responsable car “ça évite les gros chalutiers qui polluent et ratissent le fond des mers”… Les poissons d’élevage sont nourris avec des farines de poissons (et des antibiotiques bien souvent) et ces aliments pour poissons proviennent de pêches intensives de petits poissons dits “moins nobles”, dans leur milieu naturel, avec des gros chalutiers ! Pour obtenir 1 kilo de saumon d’élevage il aura fallu pêcher environ 7 kilos de petits poissons !! Rendement épouvantable et qui contribue à vider les océans des espèces qui sont au milieu de la chaîne alimentaire… et donc qui empêche les gros poissons en liberté de trouver suffisamment à manger pour grossir et se reproduire !

Pour aller encore plus loin :

Sur le sujet passionnant de la surexploitation des océans, je vous invite à voir le film “The end of the line” (bande-annonce)

Auteur Solenn Launay

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