Si on en croit le consensus scientifique établi sur le diagnostic et les remèdes à apporter au changement climatique et à la perte de la biodiversité, il nous reste à convaincre l’humanité qu’il faut agir à la maison, au travail et pour les rares chanceux dans le monde qui y ont accès: au supermarché et dans les urnes. La tâche est immense et les jours où un nouveau populiste climato-sceptique accède au pouvoir ou un chef d’état de la première économie du monde se retire à grand bruit de l’accord de Paris, on est tenté de se décourager. Il existe heureusement une vérité mathématique adossée à une jolie anecdote qui peut nous rassurer.

La légende raconte qu’un sage indien qui voulait amuser son roi bien-aimé, inventa le chatrang qui deviendra plus tard le jeu d’échec. Le roi, conquis par l’invention proposée et la richesse du jeu, offre au sage de proposer lui-même sa rémunération. Amusé, le sage propose de mettre un grain de riz sur la première case du plateau de son jeu et de doubler le nombre de grain de case en case jusqu’à la soixante-quatrième (1,2,4,8,…2^63). Le roi est affligé par une demande, en apparence, aussi frugale et accepte sans sourciller. Bien mal lui en a pris car le nombre de grain de riz récolté est absolument vertigineux :18 446 744 073 709 551 615 grains, soit la production mondiale actuelle de riz pendant 740 ans.

Cette légende est un problème de math qui s’appelle problème de Sissa, du nom du vieux sage et a pour but de démontrer la puissance du développement exponentiel.

En quoi cette légende peut nous aider dans le défi à venir ? Si j’agis à mon niveau pour réduire de 1kg mon émission de CO2 (8 km de voiture) en trouvant des solutions de transports doux, publics ou en partage, mon impact, hormis sur ma conscience, est faible. En revanche, si j’arrive à convaincre deux proches de m’imiter le lendemain qui, eux-même, iront convaincre deux autres proches le jour suivant et ainsi de suite, on a convaincu l’humanité entière en moins de 33 jours et on réduit à la fin de l’année près de 2 milliards de tonnes notre émission de CO2, ce qui est déjà 10% de l’objectif des 1,5°C. Si vous profitez de l’occasion pour convaincre vos amis d’acheter moins emballé, plus local et de faire un weekend dans le Cantal à la place de Marrakech, bingo, on peut passer dès l’année prochaine à un autre sujet que celui de sauver le monde. Cette petite digression amène à prouver deux choses très importantes dans notre défi de demain.

Il n’y a pas de petite action en faveur de l’environnement

Vue isolée, une douche courte ne compte pour rien mais la somme de douches courtes peut atteindre une valeur significative, certes bien en-deçà de l’enjeu. Mais une petite action en amène souvent une autre, éventuellement un peu moins petite, puis une autre encore. Et petit à petit, ce réseau de petites actions qu’on fait pour soi tisse sans s’en rendre compte un fil directeur qu’on se met à écouter plus souvent qu’on ne le croit dans une discussion, un acte d’achat, un choix de mode de transport, un choix de vacances, un choix de vie ou même un vote. Ce fil directeur est solide car il est cohérent et s’inscrit dans de l’action quotidienne. A la fin, la douche courte nous a amené à tenter de petits changements quotidiens qui nous font acheter des habits moins souvent, parfois d’occasion ou de matières plus respectueuses et mon impact en consommation d’eau en achetant moins de coton surpasse de loin l’économie générée par mes douches courtes. Et la somme de ce même choix à une échelle mondiale a un impact énorme, d’autant plus que ce changement ne vient jamais seul (moins de viande, plus local, moins de déchet etc.)

Il existe des barrières psychologiques fortes qui nous empêchent de sauver le monde et de nous approprier ce sujet de la lutte contre le réchauffement climatique (distance avec les effets, remise en question des valeurs de chacun etc.). Tout ceci est l’objet d’un article passionnantqui nous explique que les barrières se situent entre nos deux oreilles. La bonne nouvelle du message est que ces barrières peuvent aussi être levées. On ne fera pas changer un climato-sceptique ou un proche peu concerné par le sujet en le faisant écouter une conférence d’un astrophysicien chevelu, aussi convaincant soit-il. En revanche, l’avis d’un proche réduit la distance. Nul besoin de démonstration scientifique, il faut juste parler de nous, du monde de nos enfants, de ce qu’on fait et du positif qu’on en tire. Pour notre part, nous avons facilement constaté que notre mode de vie, résonne chez nos proches et en ont poussé beaucoup à s’y mettre avec nous. Eux aussi le communiqueront et feront des petits. Nous avons chacun un devoir de convaincre et aucun tribun politique ou scientifique ne fera mieux le boulot que chacun de nous dans nos relations.

@Solenn Launay

Alors pour changer le monde, il faut d’abord agir petit, à notre portée et en parler autour de nous, à nos proches, amis, famille, collègue. Il vaut mieux passer du temps à parler de sa poubelle ou de ses lombrics à des amis plutôt que de poster un bonhomme en colère sous la photo d’une tortue avec une paille dans le nez. Nous sommes plus de 7 milliards d’humains sur notre belle (et unique) planète. Alors Go!

Dans les prochaines semaines, nous souhaitons donner quelques astuces simples à mettre en œuvre, pour réduire, un tant soit peu, les consommations que nous avons. Commençons par nous interroger au quotidien sur les gestes réflexes que nous faisons et qui impactent forcément, à leurs degrés, le niveau de pollution de l’air, de l’eau, des terres, etc. Car, certes, le réchauffement climatique est critique, mais tout est lié, et réduire les émissions de Gaz à Effet de Serre ne peut qu’aller de pair avec un meilleur respect de l’environnement dans son ensemble.

Le gaspillage est à la fois dans les matériaux et dans l’énergie que nous consommons. Sans parler de l’énergie qui sert à extraire, transformer, produire, transporter, voire recycler les matériaux que nous gaspillons (cf. : notion de « cycle de vie » des produits).

Si on reprend ici une formule bien connue de la démarche Zéro-Déchet : le meilleur déchet est celui qui n’est pas produit. On peut écrire le pendant pour l’énergie : la meilleure énergie est celle qu’on ne consomme pas (même avec une source renouvelable de production).

Alors par quoi commencer ? Par une multitude de petites actions très simples, qui ne demandent qu’une remise en cause très partielle de nos habitudes.

Nous parlerons entre autres : de réutilisation de sacs, de meilleure conservation des aliments, d’usage de la bouilloire électrique, de plastiques à usage unique, de four et de frigo. Bref, survolons nos confortables intérieurs et voyons où sont les sources d’économies (y compris d’économies financières bien sûr, car moins d’énergie et moins d’achats inutiles induisent forcément cela aussi !).

Auteur Solenn Launay

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