Ah ce plaisir délicieux de batifoler dans le lit, la peau en émoi sous des draps qui semblent avoir des vertus ô combien précieuses tant on s’y sent bien… Le secret d’une literie heureuse et écologique? Le lin! Cette plante millénaire qui se passe aisément de produits phytosanitaires possède d’innombrables qualités et, par conséquent, de nombreux usages. Pas étonnant qu’elle ait conservé cette dimension de noblesse. Et sachez-le, elle pousse chez nous, en juin, on peut voir ses jolies fleurs bleues colorer nos régions septentrionales.

Une fibre naturelle et locale

Le lin textile se distingue du lin oléagineux en cela qu’il est cultivé pour sa fibre textile là où le lin oléagineux est cultivé pour sa graine. Premier pays producteur de lin textile au monde, la France produit 160 000 tonnes par an. Cela représente près de 75 % de la production mondiale. La majeure partie provient des régions proches de la Manche et de la mer du Nord, à savoir la Normandie et les Hauts-de-France.

Cette culture lignicole traverse les frontières du nord de la France pour s’étendre en Belgique et aux Pays-Bas où le climat, là aussi tempéré et océanique, offre des températures homogènes et une pluviosité régulière parfaites pour la plante. Eh oui, le temps du nord peut faire des heureux ! Les liniculteurs en font partie. Le lin nécessite par ailleurs un sol riche, profond et légèrement acide pour pousser sans encombre. Autant de critères météorologiques et environnementaux propres au lin européen qui lui confèrent cette qualité unique. Les plus beaux tissus en lin du monde viennent d’Europe !

Une fibre confortable et solide

Le lin est hypoallergénique, antifongique et antibactérien. Il correspond parfaitement aux peaux sensibles, ses propriétés apaisantes sont même recommandées pour les personnes souffrant d’affections cutanées. Isolant naturel, il offre du confort thermique, en hiver, en régulant la température du corps sans irriter la peau. En été, le lin est respirant, apporte de la fraîcheur et peut absorber jusqu’à 20 % d’humidité, un record ! Bien-être et détente au programme.

Très résistant, le lin est gage de durabilité, et comme un bon vin, il se bonifie avec le temps. Là où le coton perd en tenue et en qualité, le lin gagne en souplesse et en beauté. Autres qualités, il ne se déforme pas et ne peluche pas. Cela contribue à la longévité de sa garde-robe et convient parfaitement au linge de maison et aux tissus d’ameublement.

Récolte du lin

Une fibre durable

Le lin contribue à une agriculture durable puisque sa culture est peu exigeante en azote et ne provoque donc pas de pollution par les nitrates. Elle ne nécessite pas d’irrigation et s’accommode très bien d’une croissance avec peu ou pas de produits phytosanitaires. À titre de comparaison, la culture du coton nécessite une irrigation annuelle de 5 000 m3 par hectare et au moins cinq fois plus d’intrants (engrais et pesticides).

Mieux, le lin est une plante « zéro déchet », entièrement valorisable. La plante étant entièrement biodégradable, les produits issus de la plante de lin seront donc biodégradables à leur tour.

Champ de lin

Lors de sa transformation, toute la plante est utilisée (fibres, paille, graines, poussière). Les fibres longues permettent de confectionner des vêtements, du linge de maison, des revêtements muraux et d’ameublement. Les fibres courtes profitent au secteur de la papeterie et de la construction. Les anas (paille) servent aux litières pour animaux, à faire des panneaux agglomérés ou du paillis pour les jardins.

En associant la trame de lin et la résine, on produit des fibres innovantes que l’on retrouve dans l’aménagement de la maison comme les encadrements de fenêtres, les panneaux d’isolation, les sous-couches de parquets. Les graines et la farine du lin oléagineux servent, quant à elles, à préparer des pains, des gâteaux, des biscuits. À bien y regarder, le lin est partout.

Les innombrables qualités du lin en font une plante à l’avenir radieux, souhaitons que les savoir-faire et les innovations liés à sa filière re-prennent racine en Europe bref que le côté fleur bleue de nos campagnes gagne encore du terrain ! La réussite se cultive.

Le lin textile : du semis à l’ennoblissement

La fibre textile se développe en quatre mois environ. On dit que « le lin met 100 jours à lever » après sa semaison programmée de mi-mars à mi-avril. À la mi-juin, alors que le lin atteint plus d’un mètre de haut, on assiste à la floraison des champs. Chaque fleur offre sa couleur bleutée pendant quelques heures avant de faner. Heureusement, les fleurs n’éclosent pas en même temps et le spectacle de la floraison colore les paysages durant quelques semaines.

En juillet, lorsque la tige jaunie, la plante est arrachée. Eh oui, le lin n’est jamais fauché afin de préserver ses longues fibres ! Une fois arraché, le lin est déposé au sol en andains — nappes de lin d’une largeur d’un mètre — avant de rouir. Rouir ?! Le rouissage est le procédé naturel par lequel les parties fibreuses de la plante sont dissociées sous l’action enzymatique des micro-organismes du sol. Cette dégradation dure deux à trois semaines et facilite ensuite le teillage à savoir l’extraction des fibres du bois de la plante.

Lin en fleurs

Suit l’opération de peignage où la fibre est parallélisée, calibrée et étirée sous forme de rubans. Puis vient l’étape de filature avec la transformation des fibres en fils. Le procédé se fait soit par immersion dans une eau chauffée à 60 °C pour réaliser des fils fins (habillement, linge de maison) soit au sec pour faire des fils plus rustiques et épais (cordes, etc…).

On passe alors à l’ennoblissement qui consiste à teindre les fils, les assouplir, les défroisser avant le tissage. Ce dernier consiste à entrecroiser un par un, fils de chaîne (longueur) et fils de trame (largeur) soit en pur lin soit avec une autre fibre. Sergé, chevron, double tissage, gaze, velours, satin, Prince de Galles, reste à choisir la technique de tissage…

Les fibres de grande qualité peuvent même être tricotées, avec des mailles de lin souples et élastiques. Les vêtements en lin peuvent également être imperméabilisés et traités anti-UV pour un usage outdoor. Tout est possible !

Que fait-on avec du lin ?

Du linoléum, ou « lino » : ce fameux revêtement de sol à l’aspect mou et gommeux est à base d’huile de lin oxydée.

Des skis, des raquettes, des planches de surf, des casques de VTT, des cadres de vélo, des cannes à pêche : la fibre de lin, associée à d’autres matériaux comme les fibres de carbone et de verre, permet de réaliser et/ou améliorer de nombreux produits dans le domaine du sport. Sa fibre est presque aussi solide que celle de carbone, mais deux fois plus légère et souple.

Coques de voilier, de kayak, pièces d’accastillage : les bateaux et les voiliers de plaisance utilisent de plus en plus des matériaux composites à renfort de fibres naturelles recherchées pour leurs propriétés mécanique et écologique. Gwalaz, le trimaran de course développé par le navigateur Roland Jourdain, est fabriqué en matériaux biosourcés dont la fibre de lin.

Enceintes, guitares : grâce à la faible densité du lin et sa capacité à amortir les vibrations, le lin permet de produire ou diffuser de la musique avec une acoustique de très haute qualité.

Dalles de sol intérieur & extérieur, sanitaires, interrupteurs, panneaux isolants : le secteur de l’aménagement de la maison recourt de plus en plus aux composites de lin grâce notamment à ses propriétés mécaniques, isolantes, et respectueuses de l’environnement.

Béton lin : un nouveau matériau biosourcé qui remplacerait les fibres de verre et les fibres métalliques habituellement utilisées dans le béton.

Papier : en papeterie, les fibres courtes (étoupe) sont recherchées pour produire des papiers fins et résistants. Le lin rentre d’ailleurs dans la composition de certains billets de banque.

La tapisserie de Bayeux : réalisée au XIe siècle sur près de 70 mètres de long sur 50 centimètres de haut, la tapisserie témoigne de la conquête de l’Angleterre par les Normands. Elle est réalisée en broderie de laine sur une toile de lin.

Tapisserie de Bayeux

On retrouve également la fibre de lin dans les programmes de recherche et d’innovation des secteurs de l’automobile, du ferroviaire et de l’aéronautique pour réduire l’impact environnemental, les émissions de CO2, diminuer l’usage de plastique au profit de ressources renouvelables, enfin, garantir de meilleures qualités de recyclage.

Quelques chiffres :

– 80 % de la production mondiale de lin provient d’Europe dont 75 % en France et 5 % en Belgique et aux Pays-Bas

– Surface destinée à la culture du lin en France (chiffres 2018) : 98 263 ha

– Rendement : 1,25 tonne de fibres longues/ha (France)

– Production de fibres teillées : 115 000 tonnes et plus de 12 000 emplois directs (France)

– Un hectare de lin représente 200 nappes, 50 draps, 2 200 chemises, 370 m2 de panneaux agglomérés, 150 litres d’huile de lin, 1 300 kg de fibres longues teillées

– Une chemise en lin achetée = 20 L d’eau économisés par rapport au coton

– Répartition des usages : 60 % de lin teillé est destiné aux textiles d’habillement, 30 % pour le linge de maison et les tissus d’ameublement, 10 % comme tissu technique à usage composite

– Le lin est apparu 30 000 ans av. J.-C., ce qui en fait la fibre textile la plus ancienne au monde. Les Égyptiens l’utiliseront plus tard pour en faire des voiles, des cordes ou encore les bandelettes de momie…

Sources :

www.lelin-cotenature.fr

http://www.terredelin.com/

http://www.mastersoflinen.com/fre/outils

http://www.festal.coop

https://fr.wikipedia.org/wiki/Lin_cultiv%C3%A9

http://agreste.agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/R3112A16.pdf

http://www.usrtl-ifl.fr/spip.php?article34

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