« Papa, je jette ça dans quelle poubelle ? » me demande mon fils de 4 ans avec un jouet cassé dans les mains. Ce dernier était irréparable malheureusement et la question m’a fait réfléchir plus qu’à l’accoutumée. Quelques mois plus tôt, j’aurais répondu « recyclable, mon ours ». L’ursidé a, en effet, une place centrale dans notre famille presque zéro-déchet mais ce n’est pas le sujet. « Recyclable » donc. Sauf que depuis quelques mois, il est impossible d’échapper à ce genre de vidéo sur les réseaux sociaux :

The huge mass of plastic waste floating in the Caribbean

A colossal ‘sea of plastic’ which stretches for miles has been found floating in the Caribbean.So is it time to change our plastic bottle behaviour? (Via BBC Radio 5 live)

Publiée par BBC News sur Vendredi 3 novembre 2017

On voit flotter dans la vidéo des tas d’objets que l’on a déjà utilisé. Et si l’un d’eux était à moi avant que je l’oublie dans le ventre de ma poubelle au couvercle jaune ? Totalement improbable?

Quel est aujourd’hui notre rapport au plastique ? Aucun secteur d’activité n’est épargné par son utilisation. Ce n’est pas un mal en soi. Sans plastique, je ne saurais écrire cet article. On ne saurait se transporter efficacement. On ne saurait préserver nos aliments aussi bien. Les avantages du plastique sont très nombreux : léger, bon marché, hygiénique, facile à produire, adaptables et solides.

Production

Le plastique est un mélange d’une résine dérivée du pétrole (polymère) additionnée de composants auxiliaires. Les procédés de fabrication peuvent aussi varier et jouent sur la composition et les propriétés. La famille du plastique est nombreuse : PE, PP, EVA, PET, PEbd, PEhd etc. Pour un cours plus détaillé, je vous renvoie vers un expert. La production annuelle dans le monde en 2015 est de 320 millions de tonnes soit un peu plus que le poids de tous les adultes terriens. On produit donc pour vous l’équivalent de votre poids. Un quart de ce poids ne sert qu’aux emballages, l’équivalent de vos deux jambes donc.

Consommation

Cette partie est impossible à chiffrer dans son ensemble car nous en utilisons énormément. Le meilleur moyen pour évaluer la place qu’il a dans notre quotidien est de se lancer le défi d’une semaine sans plastique, c’est très instructif et le risque d’être affamé à la fin de la semaine est réel. Certains plastiques vont être utilisés plusieurs années, d’autres pendant quelques minutes. Les Etats-Unis à eux seuls consomment 500 millions de pailles par jour, pour une population de 326 millions d’habitants.

Fin de vie

La vie d’un plastique peut être très longue. Une bouteille survivrait encore à votre arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-petite-fille (18 générations). Aux vues des quantités produites chaque année et de cette exceptionnelle longévité, il est nécessaire de l’accompagner dans sa fin de vie. Il existe trois méthodes :

  • 50% pour l’enfouissement ou le stockage en décharge. La mer étant la première d’entre elles et reçoit 1 camion-benne toutes les minutes. No comment.
  • 25% pour le recyclage. Cela consiste à nettoyer, broyer et chauffer les déchets plastiques pour fabriquer une matière première qui sera la base de nouveaux produits. Cependant, il ne permet d’extraire qu’un tiers seulement de sa valeur et de recréer des produits qui eux, ne seront pas recyclables à l’infini. Cette méthode a l’inconvénient de demander de l’énergie dans son fonctionnement mais a l’avantage de créer de l’emploi et de réduire la quantité de plastique à produire à partir du pétrole.
  • 25% pour la valorisation. Ce joli mot est la traduction politique d’incinération à des fins de récupération d’énergie. Cette dernière n’est pas sans conséquence pour l’effet de serre et créé un déchet nouveau avec les 10% de matières résiduelles qui, elle, est inexploitable. En France, la récupération d’énergie à partir des déchets ne couvre que 1% de la consommation.

Autre phénomène de l’économie du déchet plastique est sa mondialisation. En Europe, seule la Suède importe des déchets pour incinération. En France, comme dans la plupart des sociétés occidentales, le déchet est majoritairement exporté, en Asie essentiellement. Une paille en plastique fait donc un vrai tour du monde pour quelques minutes d’utilisation. En janvier 2018, la Chine ferme ses portes à une grande quantité de nos déchets. Panique, de grandes quantités de déchets s’entassent en attendant que la relève s’organise en Indonésie, Malaisie, Vietnam. Nos filières de traitements vont-elles s’assurer que rien n’ira à l’eau avec ces nouveaux acteurs ?

Solutions

Quelles solutions existent ? Arrêter l’utilisation de matière plastique est irréaliste. Un avion de ligne en est constitué pour près de 50%. L’enjeu du remplacement ne se pose pas sans considérer le coût en rejet de CO2 de quelques tonnes en plus à vide sur les millions de kilomètres qu’il va parcourir. A l’inverse, la décision de la commission européenne de s’attaquer aux pailles, coton-tiges, couverts et verres en plastique, touche son utilisation là où les solutions de remplacement sont les plus faciles à mettre en œuvre. Et il est bien plus efficace de traiter le sujet à la fabrication plutôt que dans les estomacs de cachalots. De nombreuses initiatives se lancent pour tenter de vider le 7e continent de plastique, notamment celle de ce jeune néerlandais de 23 ans : Ocean Cleanup.

Les travaux réalisés par la Fondation Ellen McArthur apportent un jeu de solutions intéressantes qui ne visent pas à bannir le plastique de nos modes de vie mais à le considérer dans un cycle responsable pour limiter sa dépendance aux énergies fossiles, à mieux le recycler, et mieux réutiliser. Leur démarche est très pédagogique et essaye d’engager des acteurs de l’industrie telles que Coca-Cola, Danone, Unilever. Bravo !

ManaMani est né de notre envie d’éviter le jetable et l’emballage dès que c’est possible. En proposant des produits du quotidien vers une transition zéro-déchet, nous souhaitons co-construire avec d’autres acteurs tout aussi engagés une solution alternative à nos modes de consommation récents. J’insiste sur le côté récent car la génération de nos grand-parents ne vivaient pas encore dans cet ère du tout-jetable et de l’obsolescence programmée. On allait faire ses courses avec son panier, les produits étaient à nus et leurs vélos peuvent encore rouler aujourd’hui. Nous ne souhaitons pas non plus un retour au passé, nous voulons vous proposer des produits repensés pour être pratiques, esthétiques et surtout respectueux de l’environnement, sans emballage plastique et sans matière synthétique.

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